Le Patrimoine Culturel de Chefchaouen
Chefchaouen Info
La construction à Chefchaouen est profondément influencée par les conditions naturelles et climatiques, ce qui a façonné l’architecture particulière de la ville. Cette architecture se distingue par sa simplicité et son esthétique, résultant des ressources limitées, des faibles infrastructures et de l’isolement de la ville par rapport aux autres villes marocaines. Les premiers bâtiments de Chefchaouen reflétaient un style berbère en utilisant des matériaux locaux tels que l’argile, la pierre et la chaux. La plupart des constructions étaient réalisées en hiver en mélangeant l’argile et la chaux, ce mélange étant laissé fermenter pendant six mois avant d’être utilisé pour la construction, souvent de manière collective.
Avec l’arrivée des migrants andalous à Chefchaouen et leur intégration dans la culture locale, un nouveau style architectural andalou est apparu, notamment dans les quartiers qui leur étaient réservés. Ils utilisaient de la terre, de la chaux et des tuiles rouges pour décorer les toits, les murs, les encadrements de fenêtres et les parties supérieures des portes, afin de protéger les maisons des intempéries et d’ajouter une touche esthétique extérieure.
Organisation intérieure de la maison Chefchaounie
L’organisation intérieure des maisons à Chefchaouen suit un schéma traditionnel similaire à celui des autres villes. Les principales caractéristiques comprennent :
- Le patio : un espace ouvert sur le ciel, qui constitue le cœur du foyer.
- Le salon ou douira : un espace commun ouvert sur le patio par trois arcs, où la famille passe beaucoup de temps.
- Les chambres : petites, pouvant aller jusqu’à 12 pièces, servant de chambres à coucher et pour d’autres usages quotidiens.
- La coupole : une pièce dédiée à la réception des invités, avec une grande importance esthétique.
- La cuisine : équipée d’un foyer fixe, grande pour accommoder une famille nombreuse.
- Les toilettes : comprenant un WC et un lieu pour les ablutions, généralement proches de la cuisine.
- Le salaam : proche de la cuisine mais indépendant.
- L’astouane : un espace reliant l’intérieur et l’extérieur de la maison, avec des arcs pour laisser entrer la lumière. Près de l’astouane se trouvent les écuries et des escaliers en terre et pierre pour les activités agricoles ou le filage de laine en été.
- La barsha : une caractéristique unique des maisons Chefchaouies, un plafond incliné permettant de stocker des produits agricoles comme les céréales, légumes et charbon.
- La tarma : une niche dans le toit servant à stocker du miel, de l’huile, du beurre, ainsi que des couvertures et des ustensiles, parfois utilisée comme salle de bain en raison de l’influence andalouse.
- La massrira : située au-dessus du patio et de l’astouane, accessible par un escalier extérieur, servant de lieu pour les jeunes hommes ou pour les serviteurs dans les familles riches.
- Le tisna : un espace de détente commun pour les familles et un lieu de jeu pour les enfants.
Les portes Chefchaounies

Les portes des maisons Chefchaouies sont des éléments clés de l’architecture, servant de principale entrée. Elles se distinguent par leur précision, leur beauté et leur simplicité décorative. Les portes varient en forme, décoration et taille, reflétant la situation économique des propriétaires :
- Petites et courtes : souvent associées à l’architecture berbère, représentant un manque de sécurité et les conditions climatiques difficiles de l’époque. Ces portes comprennent généralement une seule battante, encadrée par un autre morceau de bois fixe ou mobile, avec des panneaux de bois disposés horizontalement ou verticalement, et souvent des fissures dues à l’âge.
- Grandes et longues : influencées par la sécurité accrue et l’évolution urbaine, comprenant souvent des battants et des formes rectangulaires ou légèrement convexes en haut avec des ouvertures pour la lumière appelées « tanfisa ». Ces portes ont également une seuil (i.e. un cadre inférieur) et sont souvent ornées de clous décoratifs et de poignées en cuivre ou en fer.
Les décorations incluent des clous à tête bombée formant des motifs géométriques comme des carrés, rectangles ou étoiles, symbolisant la nationalité chefchaounnie. Les poignées peuvent prendre la forme de mains, de petites boules ou de têtes d’animaux prédateurs. Les murs autour des portes sont souvent ornés de motifs végétaux et géométriques, et ces décorations continuent de faire partie de l’architecture de Chefchaouen.
Les fenêtres Chefchaounies

Les fenêtres sont cruciales pour l’aération et l’éclairage des maisons, et se trouvent sur les côtés du bâtiment. Elles varient en forme, taille et décoration, reflétant l’influence andalouse :
- Fenêtres étroites et petites : comme les « shuq al-khayar » et « ashammas », ces ouvertures sont généralement présentes dans les maisons berbères anciennes et servent à l’éclairage et à la ventilation.
- Fenêtres grandes : influencées par l’architecture andalouse, elles sont souvent ornées de décorations et peuvent être de formes diverses telles que :
- Fenêtres jumelées : deux fenêtres arquées avec des décorations florales.
- Fenêtres rectangulaires : avec des auvents décorés en terre cuite rouge pour protéger contre la pluie, parfois ornées de motifs floraux et de grilles de protection.
Place Outa al-Hammam

C’est la place la plus ancienne de Chefchaouen, nommée d’après le bain public voisin. Autrefois, elle était le lieu de rassemblement des combattants avant leur départ et leur retour. Avec le temps, elle est devenue un marché hebdomadaire, connu sous le nom de Place d’Espagne pendant l’ère coloniale, avec des fontaines et des jardins, et a conservé son nom d’origine, Outa al-Hammam.
La Kasbah

La kasbah se trouve dans la partie occidentale de la ville, considérée comme le noyau initial de Chefchaouen, fondée par Moulay Ali Ben Rached comme centre de commandement militaire contre les Portugais. L’architecture de la kasbah est influencée par le style andalou, entourée d’un mur avec dix tours. L’espace interne de la kasbah comprend un grand jardin avec deux bassins. Le musée ethnographique est situé dans le coin nord-ouest de la kasbah, dans un bâtiment construit à la fin du XVIIe siècle par Ali Rifi, le wali du sultan Moulay Ismail. Le musée est aménagé dans une maison traditionnelle marocaine avec une cour centrale et une fontaine, entourée d’arcades et de chambres.
Musée ethnographique
Situé dans la kasbah historique à la Place Wata al-Hammam, le musée a été établi en 1985 dans un bâtiment historique restauré. Il présente des collections représentant la culture matérielle de la ville et de sa région environnante, reflétant cinq siècles de mélanges culturels entre les groupes locaux et les influences andalouses et juives.
- Espace 1 : Accueil et informations sur le musée et la kasbah.
- Espace 2 : Exposition de poteries locales, produites principalement par des femmes dans les montagnes du Rif et les tribus locales, décorées de motifs géométriques et floraux simples.
- Espace 3 : Présentation des arts du bois, comprenant des coffres, des sièges décorés et des portes historiques retrouvées lors des travaux de restauration.
- Espace 4 : Collection d’armes traditionnelles et de broderies, y compris des pièces de cuir ornées de motifs et des costumes de mariage traditionnels.
- Espace 5 : Exposition de textiles et d’outils de tissage, montrant les techniques et les produits locaux.
- Espace 6 : Vêtements traditionnels et bijoux en argent portés par les femmes des tribus locales, reflétant la richesse des traditions locales.
Pont de sebanine

Nommé d’après le quartier de sebanine, ce pont historique traverse le oued Chefchaouen pour relier les différents quartiers de la ville. Il y a un débat sur son origine, certains affirmant qu’il est d’origine romaine en raison de similitudes avec d’autres ponts antiques, tandis que d’autres croient qu’il a été construit par des prisonniers portugais sous le règne de Moulay Ali Ben Rached, à l’instar des remparts de Tétouan.
Mohamed El Kadi